Afin de concurrencer Google sur le marché de l’Internet, Microsoft a proposé, vendredi dernier, de racheter Yahoo pour 44,6 milliards de dollars en cash et en actions. L’offre pourrait intéresser la société, dont le bénéfice net est en forte chute (23%) au 4ème trimestre, et qui a annoncé la suppression d’un millier de postes d’ici mi-février. Pour l’heure, l’entreprise n’a pas encore donné sa réponse, mais a fait savoir, hier après-midi que « l’offre de Microsoft est une option parmi d’autres, dans celles que nous étudions à l’heure actuelle, afin de maximiser la valeur pour nos actionnaires et nos employés sur le long terme ».
La crainte d’un monopole par Microsoft
Si le marché n’est pas encore conclu, l’OPA a déjà attiré les foudres de Google qui a publié, dimanche, sur son blog officiel, un communiqué de presse dans lequel il qualifie l’offre d’« hostile » pour la concurrence sur internet. « Microsoft peut-il maintenant essayer d’exercer son influence néfaste et illégale sur l’Internet, comme il l’a fait sur le marché des PC ? (…) L’acquisition de Yahoo permettrait-t-elle à Microsoft d’étendre ses pratiques injustes utilisées dans le domaine des systèmes d’exploitation et des navigateurs à l’internet ? » a lancé le directeur juridique de Google, David Drummond. La principale crainte évoquée par le groupe, actuellement leader sur le marché de la publicité en ligne et des moteurs de recherche, est l’alliance des comptes de messageries instantannées et de courriers électroniques détenus par Microsoft et Yahoo. « Une combinaison des deux pourrait-elle tirer profit d’un monopole sur les logiciels pour PC afin de limiter de manière injuste la possibilité pour les internautes d’accéder librement aux services de messageries, services web ou messagerie instantanée de leur concurrent » s’inquiète Google, invoquant dès lors, l’examen de cette proposition par les autorités de régulations dans le monde.
Google, leader sur le marché de la publicité en ligne
Le même jour, le directeur juridique de Microsoft, Brad Smith, a rétorqué sur le site de la firme, que c’était, au contraire, Google, qui monopolisait le marché de la publicité en ligne, argumentant que le groupe avait « amassé 75% du marché mondial des recherches sur Internet et sa part continue à grossir ». Et, à l’inverse, de ce qu’avance Google, Brad Smith ajoute que l’alliance Microsoft-Yahoo, pourrait améliorer la concurrence en « créant un puissant numéro deux pour la recherche sur internet et la publicité en ligne ».
Microsoft espère pouvoir faire environ un milliard d’économie par an grâce à ce rachat : « des économies d’échelles générées par une masse d’audience critique et une valeur supplémentaire pour les annonceurs, des compétences technologiques mises en commun pour accélérer l’innovation, une efficacité opérationnelle via l’élimination des coûts redondants, et la possibilité d’innover dans l’expérience utilisateur, avec des services tels que la vidéo ou le mobile » précise la firme.
Une alliance vaine ?
Quant à la question de savoir si ce rapprochement entre Microsoft et Yahoo permettrait vraiment de constituer un « numéro deux puissant » face à Google, rien n’est moins sûr. Pour Vincent Bonneau, consultant à l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (Idate), « cette alliance pourrait être intéressante, car concernant les portails et les messageries instantanées, Yahoo possède une position forte aux Etats-Unis tandis que Microsoft, c’est en Europe. Mais le numéro un du marché de la publicité en ligne et des moteurs de recherche reste Google, les agences de pub ne s’y trompent pas. Microsoft-Yahoo pourrait donc devenir un concurrent un peu plus proche mais bien loin ! ».
En effet, si on prend l’exemple du marché américain, qui représente quasiment la moitié du marché de la publicité en ligne, Google détient une part de marché de 28,7% alors que Yahoo en possède 16% et Microsoft seulement 6,7%. Or, même en additionnant ces parts, Microsoft-Yahoo resterait derrière Google.
En attendant de connaître la décision de Yahoo, le Congrès américain a déclaré qu’il tiendrait une audition, le 8 février prochain, pour examiner cette OPA, pouvant selon lui, « présenter des problèmes importants pour la concurrence de l’internet ».
Reste que, selon le quotidien américain « The Wall Street Journal », le PDG de Google, Eric Schmidt, aurait appelé vendredi le patron de Yahoo Jerry Yang en lui proposant son aide pour bloquer l’offensive de Microsoft. Les enchères pour acquérir Yahoo pourraient donc encore monter d’un cran.