mardi 9 février 2010 - n°724

Santé & Alimentation : Décrypter la flore intestinale humaine

La Présidente directrice générale de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) Marion Guillou a lancé le projet européen MetaHIT. ©Tanguy Cadieu/Naja
Un ambitieux projet européen de séquençage de la flore intestinale humaine, baptisé MetaHIT, vient d’être lancé en France. Coordonné par l’INRA, son objectif est d’étudier le génome de l’ensemble des bactéries constituant la flore intestinale humaine afin de mieux comprendre son rôle et ses implications sur la santé.
« Le décryptage du génome de l’ensemble des bactéries hébergées par le corps, ou métagénome, permettra de compléter ces connaissances et ouvrira des perspectives d’applications dans le domaine de la santé en termes de diagnostic et de thérapie, et dans le domaine de l’alimentation pour la compréhension des liens entre aliments et santé  » a annoncé l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), vendredi dernier, à l’occasion du lancement d’un ambitieux projet européen de séquençage de la flore intestinale humaine, dont il assure la coordination.
Baptisé MetaHIT (pour « METAgenomics of the Human Intestinal Tract »), le programme a pour mission d’étudier le génome de l’ensemble des bactéries hébergées dans l’intestin de l’homme. Objectif : mieux comprendre son implication dans l’apparition et l’évolution de certaines maladies comme l’obésité ou les maladies inflammatoires chroniques intestinales (comme la maladie de Crohn, par exemple) afin de développer de nouveaux outils de diagnostics et thérapeutiques.

80% des espèces bactériennes intestinales inconnues


En effet, l’Homme vit en association permanente avec les microbes, présents en surface et dans son corps, la plupart étant hébergés par son tube digestif. Ces bactéries ont des fonctions indispensables à la santé : elles synthétisent des vitamines, dégradent certains composés inassimilables par notre corps, jouent un rôle important dans notre système immunitaire… Or ces cellules microbiennes, principalement des bactéries, sont au moins 10 fois plus nombreuses que ses propres cellules. Et le nombre de gènes qu’elles possèdent est 100 fois plus grand que celui du génome humain ! Et pourtant, les chercheurs estiment que 80% de ces espèces bactériennes sont encore inconnues.

Un projet colossal

Pour pallier à ce manque, le projet MetaHIT doit mobiliser dix organismes de recherche européens, deux industriels de l’agroalimentaire et de la pharmacie et un institut chinois. Il sera financé à hauteur de 11,4 millions d’euros, pour quatre ans, par la Commission européenne, pour un coût total estimé à environ 20 millions d’euros. Les chercheurs étudieront le métagénome instestinal de 400 volontaires et complèteront ces données par la constitution d’un « répertoire génétique », sorte de catalogue des micros-organismes intestinaux. « Pour ceci, la séquence du génome complet d’environ 100 espèces bactériennes cultivables sera déterminées  » précise la communauté de chercheurs. Aussi, pour identifier les liens entre le métagénome intestinale et certaines maladies (notamment obésité et maladies inflammatoires chroniques intestinales), le génome de la flore intestinale d’une soixantaine d’individus malades sera testé et comparé avec celui d’individus sains. Un suivi sera également mis en place chez les malades, durant deux années, afin d’étudier les variations du métagénome, leur lien avec l’évolution de la maladie, ou encore de mesurer l’effet d’un traitement.
La Fédération européenne des associations de patients atteints de la maladie de Crohn (une maladie rare qui touche environ 60 000 personnes en France) et de rectocolite ulcérative (EFCCA) s’est d’ailleurs associée au projet par l’intermédiaire d’une plate-forme ayant vocation à réunir des industriels intéressés par le domaine de la métagénomique humaine.


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