jeudi 2 septembre 2010 - n°864

Mobilités : La RATP veut sortir de son train-train

Georges Amar, directeur de l’unité prospective et développement de l’innovation à la RATP.© Tanguy Cadieu /Naja
La Fabrique de la RATP réunit les acteurs intéressés par le devenir du réseau de transports en commun. Ce groupe de réflexion est composé d’agents, d’usagers et d’acteurs divers de la ville. Objectif, préparer les innovations qui permettront à la régie d’être bien plus qu’un transporteur, un opérateur de mobilité, comme l’explique Georges Amar, son directeur de prospective.
Que signifie pour un transporteur tel la RATP ce mot de « mobilité » ?

La mobilité est devenue une sorte de droit, un comportement voire un mode de vie pour tout le monde car on ne peut plus vivre sans être mobile. Il faut donc que chacun ait une capacité de mobilité et que cette capacité soit différente selon les besoins de chaque individu ; la formule est en quelque sorte la mobilité pour tous et à chacun sa mobilité. Le terme de mobilité signifie aussi qu’aujourd’hui, non seulement chacun est mobile, mais que de plus chacun fabrique ses propres ingrédients, son propre cocktail de mobilité en assemblant différents modes. et puis, dès lors que qu’on se place dans la perspective de l’économie du numérique et de l’Internet, on s’aperçoit que chacun peut apporter des idées, être créateur de quelque chose. Il n’y a plus d’un côté des industriels et des opérateurs et de l’autre des clients. Ces derniers deviennent des coproducteurs, ont le voit par exemple avec le covoiturage. Il y a donc deux significations du terme de mobilité l’une est liée aux comportements des personnes l’autre à leur activité productrice d’informations et de transports.

Dans une approche prospective, de quelles évolutions cette analyse est-elle porteuse pour la RATP ?

Nous sommes en train de réfléchir à ce que pourra être le métro de demain. Il s’agit d’un objet dont la vocation est bien connue, mais nous y réfléchissons de plus en plus en tant qu’objet créateur d’activités. Le métro demain ne sera plus seulement une machine efficace pour transporter des gens mais deviendra un incubateur d’activités. Que va-t-il pouvoir faciliter comme création d’emplois, comme capacité de développement green ? Nous sommes en train de passer de la vision d’un simple système de transport à celle d’un système qui catalyse les activités et notamment, qui permet à beaucoup d’autres acteurs de venir se greffer pour proposer leurs propres créations de richesses partagées. Le métro pourra devenir un lieu de rencontres entre par exemple des prestataires de services à la personne comme le baby-sitting et les gens qui consomment ces services. Ce n’est qu’un petit exemple mais on commence à entrevoir dans le métro un lieu de la vitalité et de l’échange social. Par ailleurs, nous attendons aussi beaucoup de nos usagers. Nous avons développé la Fabrique de la RATP dans laquelle on compte déjà plus de 2500 voyageurs qui sont des experts, des experts en mobilité et en transport. On commence à savoir faire appel à eux, pas seulement pour nous faire part de leurs récriminations, mais surtout pour nous faire partager leurs idées et leurs propositions. C’est un signe très important de la capacité de co-conception que nous voulons mettre en œuvre avec les agents, les voyageurs et tous les autres acteurs économiques de la ville.

L’innovation repose de plus en plus sur des cycles courts, une structure telle la RATP possède-t-elle la réactivité suffisante pour s’adapter à temps à ces évolutions ?

Il faut pouvoir agencer les rythmes. Les rythmes lents sont importants aussi. La prospective s’occupe de comprendre les changements profonds et ils ne sont pas si rapides que ça. Les grands changements de mentalité qui conduisent au passage à l’esprit de mobilité dont on parle aujourd’hui, ont commencé depuis dix ou quinze ans. Il faut être rapide, mais il ne faut pas non plus être agité. Il faut à la fois bien comprendre les grandes tendances et savoir construire du durable, c’est-à-dire considérer à la fois ce que l’on peut adapter rapidement et ce pourquoi on doit prendre son temps. D’ailleurs, la question de la vitesse est intéressante aujourd’hui car même dans le domaine des transports, on commence à comprendre qu’elle n’est pas la seule vertu. Il faut aller vite, mais aller lentement est aussi intéressant car la diversité des vitesses est elle-même intéressante. Il faut pouvoir à la fois s’adapter rapidement et dans le même temps construire des choses qui s’ancrent dans la réalité urbaine, dans la réalité écologique et dans la réalité sociale.


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